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 [Archives] Mon vieil ami

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Absurd_Jedi
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MessageSujet: [Archives] Mon vieil ami   Ven 19 Nov - 22:08

Citation :
Mon vieil ami,

La vie nous aura apporté une bien étrange destinée.
Le canal que tu m’as indiqué voici des années continue toujours de diffuser les musiques des grands maîtres.

Tu avais raison, il y a des vérités bien plus grandes que celles que les êtres humains peuvent fabriquer.
Sais tu que je t’écris ce mot en écoutant une oeuvre de Giacomo Puccini ? Etrangement le même passage que nous écoutions, lors de la guerre, lorsque nous étions tous deux dans cette cave profonde, sous Berlin.
"In quelle trine morbide" ...
Le haut-parleur fait entendre le morceau identique à celui du disque écouté dans la cave : quatre mesures de départ, répétées, comme si l'air joué provenait du disque de l'époque avec les mêmes grésillements et souffles originels.

Nous profitions du vacarme des chars allemands et des vibrations qu’ils engendraient avec leurs chenilles sur le sol pour mettre un air d’opéra.
Moi, le jeune professeur en biologie et toi, le prêtre passionné de technologie, terrés comme des rats fuyant le mal, un mal plus destructeur que n’importe quel fléau ou peste noire.

Tu avais réparé le pavillon, t’en souviens-tu ?
Avec le peu que nous avions dans cette cave, tu avais restauré le phonographe.
Tu as toujours été le plus doué mon ami, et avec une épingle de nourrice prise à la doublure de mon costume de ville, tu avais opéré un miracle. J'étais émerveillé d’entendre la musique passer par un élément de mon vêtement. Toi, tu souriais l’air las, peut-être est-ce la lumière de la chandelle qui te donnait cet air triste, mais moi, je pense que tu as toujours eu ce visage triste.

Notre nourriture était la musique, elle chassait la peur, Manon Lescaut je crois, tu te souviens ? C’était romantique.

Nous cherchions à rejoindre la Résistance, le bastion 402, de là a trouver une arche…
Tu aimais beaucoup Ludwig Van Beethoven, tu avais beaucoup appris de choses par passion pour son oeuvre.
Lorsque les chars cessaient de battre la mesure, nous retirions la clef mécanique du phonographe et l’on chuchotait dans le noir et le silence comme des enfants.

Tu voulais me montrer Vienne, moi je voulais te montrer des planètes, tu me répondais par l’essence divine et j’y opposai des êtres organiques probables et lointains.

Mon vieil ami, toi seul étais capable de pester contre la guerre franco- autrichienne alors que nous avions nous-mêmes un cataclysme au-dessus de nos têtes.

Je n’ai jamais réussi à m’intégrer ici, bien trop dépassé par tout ceci.
De là où tu te trouves, tu entends tout mon ami.

Je suis à l’hiver de ma vie tu sais, un hiver qui dure depuis des siècles je crois.
Le fauteuil que tu m’as construit voici 37 années marche toujours bien, tu as toujours été le plus doué des deux.
Je me tiens, comme à l’accoutumée, dans la salle des logistiques. J’aime la lumière des deux grandes baies et je sais que tu n’es pas loin de mon cœur et que tu veilles sur moi.

Mon cher Svante, je ne pense pas vivre encore bien longtemps. J’ai toujours été le plus fragile des deux.
Grâce à toi j’ai survécu et tu m’as porté de Berlin jusque dans les cieux.

Je pense que tu arriveras à guider un peuple et je suis infiniment fier d’être ton ami et frère de cœur.
Je t’aime mon ami et te dis adieu.
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wotan



Nombre de messages : 35
Date d'inscription : 11/08/2009

MessageSujet: Re: [Archives] Mon vieil ami   Sam 20 Nov - 0:42

Absurd_Jedi a écrit:
Citation :
Mon vieil ami,

La vie nous aura apporté une bien étrange destinée.
Le canal que tu m’as indiqué voici des années continue toujours de diffuser les musiques des grands maîtres.

Tu avais raison, il y a des vérités bien plus grandes que celles que les êtres humains peuvent fabriquer.
Sais-tu que je t’écris ce mot en écoutant une œuvre de Giacomo Puccini ? Etrangement le même passage que nous écoutions, lors de la guerre, lorsque nous étions tous deux dans cette cave profonde, sous Berlin.
"In quelle trine morbide" ...
Le haut-parleur fait entendre le morceau identique à celui du disque écouté dans la cave : quatre mesures de départ, répétées, comme si l'air joué provenait du disque de l'époque avec les mêmes grésillements et souffles originels.

Nous profitions du vacarme des chars allemands et des vibrations qu’ils engendraient avec leurs chenilles sur le sol pour mettre un air d’opéra.
Moi, le jeune professeur en biologie et toi, le prêtre passionné de technologie, terrés comme des rats fuyant le mal, un mal plus destructeur que n’importe quel fléau ou peste noire.

Tu avais réparé le pavillon, t’en souviens-tu ?
Avec le peu que nous avions dans cette cave, tu avais restauré le phonographe.
Tu as toujours été le plus doué mon ami, et avec une épingle de nourrice prise à la doublure de mon costume de ville, tu avais opéré un miracle. J'étais émerveillé d’entendre la musique passer par un élément de mon vêtement. Toi, tu souriais l’air las, peut-être est-ce la lumière de la chandelle qui te donnait cet air triste, mais moi, je pense que tu as toujours eu ce visage triste.

Notre nourriture était la musique, elle chassait la peur, Manon Lescaut je crois, tu te souviens ? C’était romantique.

Nous cherchions à rejoindre la Résistance, le bastion 402, de là à trouver une arche…
Tu aimais beaucoup Ludwig Van Beethoven, tu avais appris beaucoup de choses par passion pour son œuvre.
Lorsque les chars cessaient de battre la mesure, nous retirions la clef mécanique du phonographe et chuchotions dans le noir et le silence comme des enfants.

Tu voulais me montrer Vienne, moi je voulais te montrer des planètes, tu me répondais par l’essence divine et j’y opposais des êtres organiques probables et lointains.

Mon vieil ami, toi seul étais capable de pester contre la guerre franco-autrichienne alors que nous avions nous-mêmes un cataclysme au-dessus de nos têtes.

Je n’ai jamais réussi à m’intégrer ici, bien trop dépassé par tout ceci.
De là où tu te trouves, tu entends tout mon ami.

Je suis à l’hiver de ma vie tu sais, un hiver qui dure depuis des siècles je crois.
Le fauteuil que tu m’as construit voici 37 années marche toujours bien, tu as toujours été le plus doué de nous deux.
Je me tiens, comme à l’accoutumée, dans la salle des logistiques. J’aime la lumière des deux grandes baies et je sais que tu n’es pas loin de mon cœur et que tu veilles sur moi.

Mon cher Svante, je ne pense pas vivre encore bien longtemps. J’ai toujours été le plus fragile de nous deux.
Grâce à toi j’ai survécu et tu m’as porté de Berlin jusque dans les cieux.

Je pense que tu arriveras à guider un peuple et je suis infiniment fier d’être ton ami et frère de cœur.
Je t’aime mon ami et te dis adieu.


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